Archives quotidiennes : juin 6, 2012

Après le BHL bidon en Afghanistan, voici le BHL bidon en Libye…

Quand j’ai appris que vous vous étiez référé à un philosophe imaginaire, j’ai cru qu’il s’agissait d’une autobiographie”… Eric Naulleau s’adressant à BHL (…)

Après un article de Midi Libre concernant la photo truquée de BHL en Libye (« la marionnette » selon Frédéric Pagès, journaliste du Canard Encjainé, inventeur du pseudo philosophe Jean-Baptiste Botul), je me lance sur la trace d’une imposture  de BHL en Afghanistan, qui me reste en mémoire, j’arrive jusqu’à cette longue critique du milieu littéraire à la botte d’une élite des ratures, et je vous livre ce soir mon rapport de recherches sur la BéHacheL-attitude, tiré d’un article en lien qu’il faudra suivre pour trouver la tartuferie afghane à la fin, ou la tartuferie algérienne (tant qu’à faire on n’est plus à ça près…)  

…Le même mois, le publicitaire invite au bistrot, où les deux amis se rencontrent habituellement, l’une de ses connaissances. Ce grand jeune homme, bien de sa personne, de bonne famille (né également en 1948), a été étudiant en philosophie. Il s’appelle Georges Levy et est comédien. Il gagne convenablement sa vie en tournant dans des films publicitaires. Cependant il aspire à autre chose. D’autant plus qu’il pense avoir l’étoffe d’un grand acteur. La mise en scène de cinéma le tenterait, également. Indépendamment de ces soucis de carrière, il continue à s’intéresser au mouvement des idées. Et partage quelques unes des préoccupations des deux compères. A la demande du publicitaire, le comédien raconte l’histoire suivante. Il a publié l’année précédente un ouvrage aux éditions Maspéro intitulé Bengladesh : nationalisme dans la révolution. En réalité il ne l’a pas écrit. Le véritable auteur, pour des raisons personnelles, ayant préféré ne pas signer ce livre sous son nom. Georges a cependant participé à sa rédaction en donnant ici ou là une touche de couleur locale. On a d’ailleurs fait appel à lui en raison d’un voyage qu’il avait effectué en début d’année 1972 au Bengladesh. Le professeur se souvient maintenant d’avoir parcouru cet ouvrage en bibliothèque.

– Vous vous appelez Georges Levy ?
– Oui.
– Ce n’est pas le nom, si j’en crois mes souvenirs, de l’auteur.
– Le nom si, mais pas le prénom. Je l’ai signé Bernard-Henri Levy. Cela fait plus chic, n’est ce pas ?
– Très bien choisi, réagit le publicitaire. Tiens, ceci me donne une idée…

Au début du mois de juin, les deux compères organisent une rencontre à laquelle sont conviés Georges Levy et le politologue. Un ordre du jour a été concocté après une série d’échanges téléphoniques. Il s’agit de savoir si tous peuvent unir leurs efforts en vue d’une réflexion, voire d’une activité commune. Le politologue vient en compagnie d’un industriel, informé de l’objet de cette rencontre. Car la question d’un financement se posera tôt ou tard, compte tenu de leurs objectifs, précise le politologue. La discussion donne toute satisfaction et les cinq participants élaborent un projet.

De ce soir-là date la véritable naissance de Bernard-Henri Levy. Le comédien, beau gosse, a de l’abattage et du bagout. Il est donc inutile d’aller chercher ailleurs pour endosser le rôle. Certes, il faudra dans un premier temps le “briefer” sur certaines questions. Le professeur de philosophie et le politologue s’en chargeront. Également il importe de lui écrire une biographie. On conservera l’étudiant en philosophie, l’auteur du livre chez Maspéro, mais on évitera de mentionner dans la mesure du possible le comédien, surtout l’acteur de films publicitaires : ça ne fait pas sérieux. A la place on évoquera une vague participation à un groupe d’experts du P.S. (c’est prendre peu de risque en raison du caractère fantomatique de ce groupe). Et on signalera comme en passant que Bernard-Henri Levy aurait été candidat socialiste dans l’une des circonscriptions de la Manche lors des dernières élections législatives (l’absence d’une section P.S. représente également un très faible risque). Ce projet biographique est accepté à l’unanimité. Le publicitaire évoque déjà les “coups” qui permettront à Bernard-Henri Levy de tenir le devant de la scène. L’industriel se dit prêt à financer toute opération en ce sens. Tous se quittent enchantés. Enfin dans l’immédiat il s’agit d’abord de faire connaître ce nom : Bernard-Henri Levy.

Les débuts sont cependant modestes. Par l’intermédiaire de l’industriel, qui vient d’aider financièrement à la création du Quotidien de Paris, Georges Levy rejoint l’équipe de journalistes constituée auteur de Philippe Tesson. Les trois autres membres du quintette écriront les articles signés Bernard-Henri Levy. Le comédien y rencontre Michel Butel. Tous deux sympathisent. Pourquoi ne pas fonder ensemble un nouveau quotidien, propose Butel ? Son interlocuteur s’en fait l’écho au sein du quintette. Le professeur et le politologue, d’abord réticents, finissent par se laisser convaincre. Mais il y a du pain sur la planche ! Et il faut trouver des financements en dehors du quintette. La même semaine, le politologue, qui est en relation avec Françoise Verny, responsable du secteur “essais” des éditions Grasset, soumet à l’éditrice les grandes lignes du projet Bernard-Henri Levy (en taisant cependant celui de création d’un quotidien). Un tel projet ne peut que susciter l’intérêt de Grasset dans le milieu des années 70. De surcroît le comédien séduit dans un premier temps Françoise Verny, puis Bernard Privat, le patron de Grasset. Trois collections (Figures, Théories, Enjeux) sont crées lors d’une seconde rencontre entre le politologue et Verny.
Une première pause. A qui peut-on faire croire qu’une maison d’édition de l’importance de Grasset ait pu confier trois collections à un quasi inconnu ? Car ce ne sont pas les quelques articles publiés dans Le quotidien de Paris, ni la publication d’un livre passé presque inaperçu (ouvrage très éloigné de “l’esprit Grasset” et au sujet duquel une rapide enquête aurait démontré que BHL n’en était pas l’auteur) qui pouvait emporter le morceau !

Comment a-t-on pu en 1974, compte tenu de ces éléments, croire ainsi à l’existence de Bernard-Henri Levy ! Suffit-il d’être un beau jeune homme, d’avoir de bonnes manières et de l’aisance pour que l’on vous confie la responsabilité de trois collections ? C’est absurde ! La création de ces collections fait d’abord, je l’ai précisé, l’objet de négociations entre Françoise Verny et le politologue, puis le professeur de philosophie prendra le relais. Verny a rapidement compris quel profit elle pouvait tirer du quintette pour Grasset. Le reste relève d’une mauvaise littérature dont on se demande par quelle aberration les professionnels de la profession ont pu en être les dupes. A partir du moment où l’on vous fait gober pareille histoire tout devient possible. Plus c’est gros, plus ça marche, dit le proverbe. Il n’a pas encore été démenti depuis 36 ans.

Je reprends ma narration. La pêche aux bailleurs de fond s’étant révélée infructueuse, l’industriel doit seul supporter le financement du quotidien codirigé par Butel et BHL. On sait que L’Imprévu arrêta sa parution au bout d’une semaine. Le mécène surtout pâtit de ce fiasco : une partie de sa fortune y avait été engloutie. Il prit momentanément de la distance avec l’entreprise BHL. Le comédien, pour des raisons narcissiques, lui aussi avait accusé le coup. Il rongera son frein encore deux années, et attendra 1977 pour retrouver la lumière des projecteurs. Mais n’anticipons pas.

MORCEAU DE BRAVOURE (morceau choisi -par moi-) 

Tout était déjà dit, ou presque, sur l’entreprise en devenir. J’y reviens puisque aucun des biographes de BHL ne mentionne l’existence de cette parution de l’automne 1977. Les rédacteurs de L’Anti-Mythes y écrivent : “Ainsi apprend-on dans La barbarie à visage humain qu’il “n’y a pas de domination”, que “l’oppression n’existe pas”, que “nous sommes des opprimés sans oppresseurs qui nous dominent”, qu’il “n’y a, stricto sensu, pas plus de soumission qu’il n’y a de domination”, que “le pouvoir est tout et rien”, que “l’histoire n’existe pas”, que le réel n’existe pas”, que “l’individu n’existe pas”, que le prolétariat n’existe pas, au point que l’on finit par se demander si l’épicier de chez Grasset qui écrit de tel profondeurs s’est fait payer en argent qui existe et s’alimente de petits fours néantisés”. Ou que tout simplement s’il existe, foi de Botul ! Je cite, pour le plaisir, le passage suivant : “Et pour finir, l’apothéose, avec la lèche pluridimensionnelle de notre comique troupier national, fondateur de l’Association évangélique des résistants et évadés des hôpitaux psychiatriques, Maurice Clavel : “… Maurice Clavel, dont on ne dira jamais combien, parce que chrétien (souligné par BHL) il peut avoir une vue historiquement juste”. Au passage, on se permettra d’apporter deux réserves : d’abord on ne comprend pas bien comment Clavel peut avoir une vue historiquement juste d’une histoire qui “n’existe pas”. Ensuite on ne voit pas en quoi le fait d’être chrétien donne un brevet de conscience révolutionnaire. C’est décidément une manie de tendre la main aux catholiques quand ce n’est pas de leur piquer leur soutane ou leur vin de messe (voir l’inénarrable ouvrage qui mériterait le prix Fernand Reynaud,L’ange de Lardon et Jambonneau (il s’agit en réalité de Larbet et Jamdeau : note de JBB), édités comme il se doit chez Grasset, où sont bénis tour à tour BHL, Lin Piao et le père Festugière”. Article complet de Frédéric Pagès/Jean-Baptiste Botul ici 

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